LIBERTE POETIQUE
 
 
LES TONDI

D'emblée, on est invité à pénétrer un monde poétique, empreint de merveilleux. Enchanter le regard "il n'y a de merveilleux qui soit beau" (André BRETON), traduire une osmose avec les éléments, par la couleur, magnifier la matière. On ne trouvera donc pas une figuration terre à terre, naïve ou péremptoire, mais un hymne à la beauté, à la couleur "musique des yeux". Que l'on s'habille de couleur pour sublimer l'instant, se rêver démiurge éclatant les frontières. D'où une luminosité, un climat d'enchantement, un rayonnement propre à l'amour. De ce dernier retenir l'aura frémissant, l'élan passionnel, l'intemporalité. Contre les portes de la nuit il y a l'enfance, "pleine de charmes", le domaine d'Alice à portée de main, "on ne veut connaître que la facilité extrême de toute chose". Chantent les couleurs, de rouges fanfares se déploient, une harmonie palpite à l'horizon, le vert s'empourpre richement. De vastes zones bleues chassent en cadence devant elles la foule des tons orangé et vert tendre qui sont comme une résonance heureuse et mystérieuse de la lumière. "Les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne, ils sont ailleurs" Cet ailleurs "bien plus loin que la nuit/bien plus haut que le jour" Où sont-ils donc, sinon dans la lumière palpitante, au seuil d'une innocence préservée, "dans l'éblouissante clarté de leur premier amour" cette clarté, Annie LEBAILLIF sait nous la restituer avec sensibilité, en véritable artiste, vibrante, chaleureuse, essentielle.

Daniel ABEL 2016